Joe BANASHAK

(1923 - 1985)

Propriétaire de maison de disques - Producteur

Rhythm and Blues

15/02/1923

C’est à Baltimore, dans le Maryland, que naît Joseph John Banashak. Il y développe son goût pour la musique noire, jazz, be-bop et grands orchestres.

1945 - 1949

A la fin de la guerre, après trois ans passés dans l’armée, il rentre à Baltimore dans l’espoir de faire son trou dans le milieu de la musique. Il travaille d’abord chez un distributeur local où il apprend les bases du métier. S’étant marié avec une fille du Texas, il décide de s’installer à Houston avec sa femme et son bébé. Après un an de galère, il décroche un job au bureau local de Capitol mais, frustré de ne pouvoir faire ce qu’il veut, il démissionne rapidement.  Il entre alors à Dunbar Distributors, où il prend vraiment goût à travailler dans le milieu de la musique.

1949 – 1952

En 1949, une promotion lui permet de devenir le manager d’une société basée à New Orleans, Gramophone Enterprises, rachetée par Dunbar. C’est à partir de ce moment qu’il s’intéresse vraiment au business, vendant des disques de R’n’B et découvrant l’activité musicale de Bourbon Street. Bien entendu, il commence à se rendre au studio J&M de Cosimo Matassa où il rencontre Fats & Dave Bartholomew. Ce fut le vrai déclic. Mais en 1952, il est rappelé au siège social, à Houston, à son grand regret …et quelques mois plus tard, l’entreprise fermait ses portes !!!

1952 – 1957

Joe Banashak est alors embauché par Lew Chudd pour faire la promotion des disques Imperial, ce qui l’oblige à être constamment sur les routes. Joe laisse finalement tombé après deux mois ! De retour à Houston, il effectue divers métiers, mais ne pense qu’à revenir dans le business du disque.

En 1955, le propriétaire de A-1, une société de distribution de New Orleans avec laquelle il avait déjà travaillé, le sollicite. Ils installaient leur siège social à Oklahoma City et cherchaient quelqu’un pour diriger l’antenne de New Orleans, avec une perspective d’achat. Mais Joe, soucieux de préserver ses acquis à Houston décline l’offre. Mais un an plus tard, Dick Sturgil revint à la charge avec une proposition des plus alléchantes, qu’il ne put refuser !

1957 – 1960

C’est en janvier 1957 que Joe Banashak s’installe au 628 Baronne Street, comme patron de A-1 Distribution qui distribuait la plupart des labels importants de l’époque, dont Ace Records de Johnny Vincent qu’il aida à démarrer. Ensuite Vincent lança sa propre société de distribution avec Joe Ruffina, Cosimo Matassa et Joe Caronna. En 1958, tenté par l’expérience d’autres petits labels, Joe Banashak franchit le pas : il crée Trey Records avec Wayne Shuler, le fils d’Eddie Shuler, et enregistre Elton Anderson dans les studios Goldband de Lake Charles. Shed So Many Tears se vend si bien que Mercury veut lui racheter. Joe, qui tient à son indépendance, refuse et, du coup, laisse tomber Trey Records. Wayne Shuler cède finalement le titre à Mercury, ce qui met fin à leur collaboration.  Il propose alors à Larry McKinley, directeur des programmes de la radio WMRY, de créer un nouveau label. McKinley était déjà le manager de ErnieK-Doe et était à la recherche d’un contrat discographique. C’était le deal parfait : un disc-jockey pour passer les titres à la radio et les faire connaître et un distributeur pour diffuser et récupérer l’argent immédiatement. Le premier disque du nouveau label, Minit Records, est l’œuvre de Matthew Jacobs, un gars de Baton Rouge : Early In The Morning / Bad Luck And Trouble, qui sortit sous le nom de Boogie Jake. Le disque est un succès local et intéresse Leonard Chess, à qui il est cédé. Mais le nom de Boogie Jake s’avère être un handicap et les radios refusent de passer le disque. Alors le suivant est publié sous son vrai non, Matthew Jacobs ; ce qui fut une erreur car personne ne le connaissait. Finalement, un troisième disque, What Is Life par Nathan Pitts, un membre du groupe de Boogie Jake, est mis sur le marché. Mais ce ne sera que lorsque Joe Banashak se concentrera sur la musique de New Orleans que les choses vont commencer à bouger.

1960 – 1961

Grâce à Larry McKinley, une audition est organisée dans le studio de la radio WYLD en janvier 1960. Cette nuit-là, il y avait Bennie Spellman, Jessie Hill, Wilbert Smith (le futur Lee Diamond), Irma Thomas, Aaron Neville et Joe Tex, ainsi qu’Allen Orange, un chanteur accompagné d’un pianiste du nom d’Allen Toussaint. Ce dernier accompagnera également d’autres artistes lors de cette audition, ce qui l’amènera à devenir l’arrangeur et le producteur des futures sessions. Des contrats furent signés avec Jessie Hill, Benny Spellman, Allen Orange, Aaron Neville et le groupe local The Del-Royales, en plus d’Ernie K-Doe, dont Larry McKinley était le manager. C’est d’ailleurs ce dernier qui bénéficiera le premier de la production d’Allen Toussaint. Son premier disque, There’s A Will There’s A Way se vend localement à plus de 10000 exemplaires et encourage Banashak à poursuivre dans cette voie. Il signa alors un contrat de distribution avec Lew Chudd, le patron d’Imperial. Le premier titre à en bénéficier est Ooh Poo Pah Doo de Jessie Hill qui, après un départ moyen, devient un tube national et reste onze semaines dans les charts R’n’B, atteignant la troisième place et réussissant l’exploit de monter à le 28ème place du Hot 100 et d’y rester seize semaines ! Grâce à ce disque et au suivant, Whip It On Me, Minit avait maintenant la capacité de financer d’autres projets. Ce fut le tour d’Over You d’Aaron Neville, de Hello My Lover d’Ernie K-Doe, de It Won’t Be Me de Lee Diamond et de Mudd, un instrumental de Roy Montrell.

1961 – 1963

C’est au printemps 1961 que Minit connaît son plus gros succès, avec Mother-In-Law d’Ernie K-Doe, qui atteint rapidement la première place du Hot 100 ! Mais les relations avec Imperial se gâtent, Lew Chudd nourrissant une certaine jalousie du succès de Minit, alors que sa compagnie traverse une mauvaise passe. Joe Banashak conclut un nouveau partenariat avec Irving Smith qui débouche sur la création d’un nouveau label, Valiant. Quatre titres sont publiés (Joel moore, Errol Dee, Lee Dorsey avec Lover Of Lovers, et Chris Kenner avec I Like It Like That) lorsqu’il s’avéra qu’un autre label du même nom existait déjà en Californie. Les DJs réclamaient des tubes immédiats (‘Instant Hits’), alors Banashak rebaptisa son label Instant Records. Mais Larry McKinley dut mettre un terme à saparticipation aux labels à cause du scandale des pots de vin (Payola), son activité de DJ n’étant plus jugée compatible.

Le succès de I Like It Like That attisa les convoitises. Liberty et Roulette se manifestèrent et Banashak, qui connaissait bien cette situation, leur demanda 10000 dollars ! Lew Chudd n’apprécia guère la chose, mais Banashak ne se laissa pas impressionner et lui fit la même proposition… qui resta sans réponse. Ce fut donc un très bon départ pour le label qui vendit 500 000 exemplaires du disque en l’espace de trois mois. Allen Toussaint restait maître à bord, musicalement, et le label publia une série de tubes en 1961 et 1962 avec Ernie K-Doe (Te-Ta-Te-Ta-Ta, I Cried My Last Tear, A Certain Girl, Popeye Joe), The Showmen (It Will Stand, N°61 sans le Hot 100) puis Irma Thomas (Cry On, I Done Got Over It, Ruler Of My Heart, It’s Raining) et Eskew Reeder (Green Door). Mais à cause des mauvaises relations avec Lew Chudd, ces titres n’obtinrent pas le succès national qu’ils méritaient. Plusieurs autres titres furent encore publiés sur Instant sans grand succès. Le tube suivant fut le fait de Chris Kenner qui vendit plus de 30 000 exemplaires de son Something You Got rien que dans la région. Toujours en 1962, Art Neville eut son plus gros succès avec All These Things. En 1961, avait également créé ALON Records pour Allen Toussaint (NOLA, pour New Orleans, Louisiana, écrit à l’envers), mais le label ne dura pas longtemps, Allen Toussaint ayant été appelé sous les drapeaux…

1963 – 1965

A partir d’avril, la situation devint très difficile. Allen Toussaint était à l’armée, Chess créait sa propre société de distribution et Lew Chudd cherchait à vendre son affaire. Banashak, à cours d’argent,  dut se résoudre à la faillite ! Mais quelques mois plus tard, Atlantic se montra intéressée par Land Of 1000 Dances de Chris Kenner que Banashak avait publié quelques temps auparavant. Son associé Irvin Smith, opposé à la vente du disque à Atlantic, lui céda finalement ses parts dans Instant Records… ce qui s’avéra une très bonne affaire lorsque la chanson devint un tube ! après ça, il reprit goût aux affaires et sortit plusieurs titres qu’il avait en stock. Il n’obtint pas de gros succès, mais cela lui permit de subsister. Il persuada alors Allen Toussaint de faire des instrumentaux du genre de Java, qui était devenu un tube international grâce à Al Hirt. Ils publièrent donc plusieurs titres (Whipped Cream, The Fat Cat, Young Man, Old Man) dont certains donnèrent lieu à des reprises.

1965 – 1972

Quand Allen Toussaint fut démobilisé, il rentra à New Orleans et trouva un milieu musical en pleine dépression. Imperial avait été vendu et Minit avec ; Ace avait cessé d’exister et laplupart des autres compagnies indépendantes n’étaient plus intéressées par la musique de New Orleans. Après quelques titres sur ALON, Allen Toussaint mit n terme à son partenariat avec Banashak pour commencer une nouvelle aventure avec Marshall Sehorn. Le coup était rude pour Banashak ! Il lança un nouveau label, Seven B, en 1966, sur lequel il projetait d’éditer des titres achetés. Après un flop avec Phil Dana, un chanteur blanc, il obtint un beau succès local avec Pass The Hatchet de Roger & The Gypsies, avec l’aide d’Eddie Bo. Malheureusement la survenue des émeutes de Watts enterra la chanson !

Banashak conclut ensuite un accord de licence avec London Records-Burlington Music, en Angleterre. Il reçu 40 000 dollars d’avance et décida de s’impliquer à fond dans ce nouveau business. Il ouvrit un nouveau bureau dans Camp Street, près du nouveau studio de Cosimo Matassa, et se mit à inonder le marché sur ses multiples labels : Instant, Seven B, Busy B, avec notamment les productions d’Eddie Bo, mais aussi Polytex, IMA, Tune-Kel, Flower Power, AIR (qui aurait dû être A-1 Records, mais l’imprimeur fit l’erreur), Local et Channel One… en espérant que dans la masse il obtiendrait bien un tube.

C’est durant cette période que Joe Banashak collabora avec Sax Kari, un artiste de jazz/blues depuis presque vingt ans. C’est lui qui produisit A Thing You Gotta Face / Ain’t Broke Ain’t Hungry de Polka Dot Slim, un disque de blues qui eut un certain succès en 1965. Sax Kari eut également son heure de gloire avec l’instrumental Ludwig sorti sur Tune-Kel. Atlantic racheta le titre mais laissa tomber après que Al Hirt en ait fait une reprise. Sax Kari produisit d’autres titres sur Tune-Kel, notamment pour les Highlighters de Al White, Sonny Jones, Tommy McKnight et Bobby Camel. Il fut également responsable de l’une des meilleures production post-Allen Toussaint de Chris Kenner, Wind The Clock, qui parut sur Instant.

Huey ‘Piano’ Smith, quant à lui, commença à enregistrer pour Banashak en 1967. Leur premier contact concernait un disque que Huey Smith et son associé Carlton Picon voulaient publier. Il s’agissait de It Do Me Good des Pitty Pats qui semblait n’intéresser personne ! Banashak le publia et obtint un très gros tube à New Orleans. Huey Smith produisit pas mal de sessions pour Banashak. Sophisticated Sissy de Curley Moore fut un tube local. Il travailla aussi brièvement avec Larry Darnell, mais son plus gros coup s’avéra être le funky I’m Your Hoochie Koochie Man de son protégé, le ‘blue-eyed soul brother’ Skip Easterling, en 1971, produit par Huey Smith. Même le fantastique Mr. Big Stuff de Jean Knight n’arriva pas à le détrôner de la 1ère  place à New Orleans, plafonnant à la deuxième place !

1972 – 1978

Au tout début des années 70, Banashak a atteint un sommet professionnel : ses ventes lui permettent sans problème de couvrir les dépenses d’enregistrement de nouvelles productions et son affaire de distribution tourne à plein avec des contrats avec Vee-Jay, International, Audio Fidelity et Roulette.

Mais en 1972, Joe Banashak fut déçu par le milieu du disque. Après le départ de Huey Smith, devenu témoin de Jehovah, il y eut une baisse brutale de la qualité de la production. Banashak travailla avec des gens comme Tex Linzza, Isaac Bolden et Ken Morgan et s’impliqua même lui-même quand il le fallait. Mais il s’était lassé des affaires et commençait à se tourner vers la religion et devint lui aussi témoin de Jehovah. Il ne savait plus trop où il en était et se mit à aller aux courses, à jouer et à s’amuser. Finalement, lors d’une séance d’enregistrement où les musiciens buvaient et fumaient de l’herbe, il comprit qu’il ne voulait plus de ça, qu’il ne pouvait plus supporter cette situation. S’il voulait être honnête avec lui-même, il devait quitter ce milieu.

1978 – 1980

Il quitta Camp Street en janvier 1978 et stocka tous ses disques et ses archives dans le studio de Cosimo Matassa tout proche. Malheureusement, lorsque le bureau du shériff liquida les affaires du studio après la faillite de Cosimo, ils mirent tout simplement le tout sur le trottoir… pour que les éboueurs le prennent !

Banashak chercha le réconfort dans les saintes écritures et survécut en faisant de petits boulots comme de la plomberie ou dela rénovation de maison, sans penser revenir rapidement dans le business du disque.

1980 – 1985

Il en fut ainsi jusqu’en 1980 où il fut contacté par Floyd Soileau. Ce dernier ayant en projet une usine de pressage de disques à Ville Platte, en Louisiane, réussit à le convaincre de rééditer les masters qui s’empilaient dans sa maison. C’est donc ce qu’il fit  avec Bandy un nouveau label, en plus de son travail « de jour », pendant un temps, espérant, bien sûr, pouvoir en vivre un jour. Il avait surtout compris que si ce n’était pas lui qui le faisait maintenant, il y aurait bien quelqu’un d’autre pour le faire… plus ou moins légalement.

23/10/1985

Malheureusement, le destin en décida autrement ! En revenant d’une réunion de famille à Baltimore, Joe Banashak eut une crise cardiaque fatale à l’aéroport d’Atlanta ; il avait 62 ans.

En plus d’avoir certainement été la personne qui a donné la possibilité à Allen Toussaint de faire éclater ses talents, Joe Banashak est un nom incontournable dès que l’on parle de rhythm and blues de New Orleans. Pendant plus de vingt ans, il a été à l’origine de tellement de disques à succès que, même ceux qui ne connaissent pas son nom, connaissent le résultat de son travail par tous les tubes qu’il a fait éclore !

Discographie (Voir aussi les labels Alon, Bandy, Instant, Minit, Seven B, Trey & Valiant)

The Minit/Instant Story (2 CD)

Charly

1996

The Instant & Minit Story (3 CD)

Charly

2005

Pour en savoir plus : Le livre I Hear You Knockin' dans lequel Jeff Hannusch lui consacre un chapitre.