Spencer BOHREN

(1950 - )

Guitariste - Chanteur

Blues

1950 – 1964

Naissance de Spencer Bohren à Casper dans le Wyoming dans une famille de chanteurs de gospel qui lui apporte une base musicale qui conditionnera toute sa carrière. Il apprend à chanter comme il apprend à parler, toujours à tourner autour d’un piano et à chanter avec le chœur familial. La famille se produit alors dans les églises et les écoles de l’état. Au début des années 60, impressionné par les harmonies vocales du fameux Kingston Trio, il commence à chanter Hang Down Your Head, Tom Dooley avec des copains du chœur de l’église.

1964 – 1973

En 1964, au grand dam de ses parents, Spencer acquiert sa première guitare et forme le premier de ses divers groupes. Il a donc tout juste quatorze ans lorsqu’il remporte le concours de chant ‘Stars Of Tomorrow’ avec Blowing In The Wind et Geenback Dollar !Pour ses études, il part pour Denver dans le Colorado où il monte un duo de blues, Eagle-Ridin’ Papa, avec Don DeBacker, un ami guitariste. C’est à cette époque qu’il rencontre, et héberge, le bluesman Reverend Gary Davis qui lui prodigue de précieux conseils.

Spencer, très instable musicalement et géographiquement, fait parti de divers groupes. Alors qu’il joue avec les Funston Brothers dans le sud e l’Oregon, il apprend des chansons de violon et des titres de Jimmie Rodgers avec de vieux musiciens de la région. On le retrouve ensuite chanteur avec Butterfat, de Seattle, avec qui il s’approprie le répertoire d’Hank Williams et turne avec les doux dingues du Holy Modal Rounders, perfectionnat son art de la scène dans toute la région Nord-Ouest Pacifique.

1973 – 1975

Invité à se joindre à l’orchestre de Judy Roderick, Spencer revient au Colorado en 1973 où il joue avec divers groupes de country-rock comme Gone Johnson. Avec ce dernier, il se rend à Los Angeles dans l’espoir de signer avec un grand label. C’est à cette époque qu’il est amené à faire pas mal de sessions de studio dans un but alimentaire, plutôt que de se consacrer exclusivement à ses passions, le blues et le folk. Mais, écoeuré par cet aspect commercial, il s’accorde une année sabbatique avec sa future femme, Marilyn, et parcourt les Etats-Unis de long en large redécouvrant la liberté des prestations solos. C’est pendant cette période que Spencer et Marilyn visitent New Orleans pour la première fois, au moment du Mardi Gras : le couple est alors séduit par la ville du croissant.

1975 – 1983

Quelques mois plus tard, Spencer et sa femme, alors enceinte de leur premier enfant, s’installent à New Orleans, espérant faire leur trou dans cette ville musicale historique. Par chance, il débarque au moment où la ville, qui émerge d’une période de léthargie, bouillonne. Plein de nouvelles scènes sont créées et Spencer a l’occasion de las partager avec des artistes locaux comme Professor Longhair, Earl King, Clifton Chenier ou James Booker. Il s’implique à fond dans cette expérience musicale, animant la jam session du lundi au célèbre Tipitina’s et se produisant tous les vendredis et samedis soirs au légendaire Old Absinthe House Bar, sur Bourbon Street. Il fait également les premières parties des concerts de douzaines d’artistes de passage à New Orleans et collabore avec quantité d’artistes locaux. Finalement, peu après la naissance de son deuxième fils, Spencer décide de se recentrer sur sa carrière personnelle.  Les concerts vont alors se succéder , y compris dans les états limitrophes, ce qui confirme son statut fièrement acquis à New Orleans. Mais les longues périodes d’absence et la naissance d’une nouvelle petite fille vont l’amener à prendre une lourde décision.

1983 – 1989

En 1983, les Bohren retapent une vieille caravane, l’attèlent à leur Chevrolet Bel Air de 1955 et prennent de nouveau la route, pour un périple de sept ans. La famille parcourt le pays, Marilyn s’occupant de trouver les engagements et Spencer assurant la maintenance de leur véhicule entre les concerts. Ils passent les hivers dans le Sud et les étés dans le Nord, éduquent eux-mêmes leurs enfants, et mettent en pratique toute une philosophie de vie. Pendant la première année de ce périple, Spencer Bohren prit quand même le temps d’enregistrer son premier album solo, Born In A Biscayne, sur lequel Dr. John joue du piano. L’année suivante, il accepte une invitation pour une série de concerts en Scandinavie, qui marquera le début d’une longue relation avec l’Europe.

Pendant les quelques années suivantes, la carrière de Spencer Bohren est menée à un rythme effréné. Il publie un album de Delta Blues, Down In Mississippi, ainsi qu’un album enregistré en public, à New Orleans. Un contrat avec Virgin en Europe donna une compilation publiée en France et un album enregistré en Suède, qui entrera même dans le Top 40 de ce pays ! Les tournées européennes, parfois cinq ou six par an, alternent avec les périodes sur la route, en famille. L’arrivée d’un quatrième enfant en 1989 les contraint à changer de caravane, mais ne les empêche pas de poursuivre leur périple sur les routes américaines. Mais bientôt, cette vie de saltimbanque devient impossible et oblige la famille Bohren à se re-sédentariser, tout d’abord dans le Colorado, puis dans son Wyoming natal !

1989 – 1999

Au début des année 90, Spencer Bohren poursuit sa carrière  d’auteur-interprète en enregistrant deux disques publiés en France, dont Full Moon dans lequel apparaît le chanteur français Francis Cabrel, qui l’avait invité à jouer sur un de ses disques. En 1996, l’harmoniciste JAB Wilson lui propose de produire un album, avec simplement une guitare et un harmonica. Tout d’abord réticent, il accepte finalement, se demandant ce que cela pourrait donner. L’album, Dirty Roads, plein de chaleur et de simplicité, réjouira ses anciens fans, surpris par cette nouvelle direction musicale, et lui attire également un nouveau public.

Années 2000

Mais bientôt, le Sud lui manque et la famille Bohren décide de revenir s’installer à New Orleans, où elle est accueillie à bras ouverts par la communauté musicale. Rapidement, ils redeviennent une force culturelle, contribuant sur plusieurs fronts à l’animation de la ville. Son nouveau disque, Carry The World, hommage à la musique gospel, sera élu meilleur CD d’un artiste louisianais de l’année 2000 par le journal néo-orléanais Times-Picayune. Pour cet album, c’est Spencer lui-même qui conçoit, pour la première fois, le design de la jaquette, à partir d’une boite de cigares. Ce processus de création va se poursuivre. Il fait une seconde boite, puis une troisième, etc. Ces petites boites vont progressivement devenir une passion pour l’artiste qui passe sont temps libre à en créer, notamment pendant les longs déplacements entre les concerts. Alors qu’il  ne paraît pas intéressé d’exploiter commercialement ses créations, il organise des expositions, souvent dans les universités. Il diversifie ses prestations qui se complètent de lectures et d’ateliers, faisant partager ainsi ses connaissances et ses compétences musicales. Il est maintenant un artiste majeur et reconnu.

Jorma Kaukonen, le guitariste du Jefferson Airplane et de Hot Tuna, lui propose alors d’enseigner au Fur Peace Ranch, son école de guitare, à Pomeroy dans l’Ohio. Bien que n’ayant jamais envisagé lui-même cette direction, Spencer s’avère un bon professeur, aimant avant tout l’idée de transmettre un savoir à son prochain. Il devient un spécialiste apprécié de la musique traditionnelle américaine, de ses origines et de son évolution, celle qu’il affectionne tant et qu’il joue lors de ses concerts. Il en fera un disque remarquable, intitulé Down The Dirty Road Blues, présentant des pièces traditionnelles, allant du 16ième siècle à l’avènement du rock, en utilisant de multiples instruments d’époque pour illustrer l’épopée.

Spencer Bohren est resté très actif depuis, poursuivant ses tournées en Europe, et réalisant régulièrement un disque tous les ans ou tous les deux ans.

Malheureusement, comme beaucoup d’artistes louisianais, il fut durement touché par le cyclone Katrina en 2005 et dût reconstruire sa maison et repartir à zéro ! Sa chanson Long Black Line sur la catastrophe eut un impact très fort sur tous les néo-orléanais impliqués dans le processus de reconstruction.

Il poursuit  malgré tout sa carrière et entreprit divers projets en collaboration avec divers autres artistes comme la chanteuse d’opéra Karen Clift, Bill Kirchen du groupe Commander Cody ou le duo vocal The Tremors. En 2011, un nouveau virage s’annonce avec la signature sur Threadhead, le label « pas comme les autres », et un nouveau disque. On n’a pas fini d’entendre la musique de Spencer Bohren !

Artiste éclectique, Spencer Bohren a su développer sa propre musique tout en restant très attaché à la musique traditionnelle de son pays. C’est tout le génie de ce guitariste, qui lui vaudra une reconnaissance internationale, notamment en Europe où il tourne très fréquemment. Ses concerts sont toujours un réel plaisir car d’une grande qualité tout en restant d’une simplicité évidente.

Discographie

Born In A Biscayne

Great Southern

1984

Down in Mississippi

New Blues

1987

Snap Your Fingers

Loft (France)

1989

Totta & Hot'n'Tots featuring Spencer Bohren

? (Suède)

1989

Live In New Orleans

Great Southern

1989

Full Moon

Loft (France)

1991

Present Tense

Sony (France)

1994

Vintage (réédition de titres des LP Born in a Biscayne et Down in Mississippi)

Zephyr

1994

Dirt Roads

Zephyr

1997

Carry The World

Last Call

2000

Solitaire

Last Call

2002

Southern Cross

Valve

2004

Down The Dirt Road Blues

Zephyr

2005

The Long Black Line

Valve

2006

Live At The Tube Temple

Valve

2008

The Blues According To Hank Williams

Phantom

2010

Blackwater Music

Threadhead

2011

Mon choix : Full Moon (Ghost Train / Down The Road / Deep Ellum / Witch Doctor / C'Mon Down / Full Moon / Disappearing Nightly / Traveling Blues / Stand In Line / Cold Wind / Going To Texas)

Fidèle au son traditionnel américain, Spencer Bohren nous offre avec cet album un bien agréable panorama de la musique américaine. Entre blues, chants traditionels, chants vaudous, rock laid-back à la J.J. Cale et même un rap/hard/funk assez étonnant, c’est toujours dans la bonne humeur qu’il nous fait voyager, magnifiquement accompagné par des « pointures » locales telles que George Porter, Jr., Kohn Vidacovich, Carl Sonny Leyland ou des membres des Radiators et des Subdudes. Ambiances.

Tout simplement beau !

Internet : www.spencerbohren.com